Le Grankozé · 5 juillet 2026
Quelque chose a commencé.
Pas de salle, pas de tribune. Des chaises en cercles, sous les arbres du Ron Kok, à La Saline-les-Bains. Des gens qui arrivent en famille, qui s'assoient, qui attendent leur tour de parler — et qui parlent. Voici ce qui s'est dit ce jour-là. Et ce qui, depuis, a commencé.
La journée, en battements
- 700 personnes passées sous les arbres
- 230 assises en treize cercles, le matin
- 200 refus déposés, noir sur blanc
- 168 propositions l'après-midi, sur dix tables
- 150 places prises depuis ce jour-là
- 18 communes sur les vingt-quatre de l'île
Le matin
Ce qui nous tient
Un ronnkozé, c'est simple : la parole tourne, chacun son tour, personne ne choisit à ta place. Alors elle sort, la parole — même celle des plus silencieux. Et la consigne tenait en trois temps, dans cet ordre : d'abord ce qu'on ne veut plus, ensuite ce qu'on veut, enfin ce qu'on fait maintenant.
Ce qu'on ne veut plus, chaque cercle l'a posé sur la feuille. Le regard qui rabaisse, jusque dans la langue :
Nou lang i tom makot dan biro.
L'accès barré à l'emploi — le refus le plus fréquent de la matinée :
Zorey i pass dovan dann travay : gayar post, plis salèr.
Le pouvoir qui se décide ailleurs :
Nou lé sous la coupe de Paris.
Et puis quelque chose se voit sur les feuilles, avant même de compter. Dans les refus, le sujet des phrases, c'est l'autre : « zot i pass dovan », « banna i pran nout plas ». Dans les vouloirs, écrits une heure plus tard par les mêmes mains, le sujet devient nous : « nou pran nout plas », « nou lèv la tête ». La même feuille, le même jour — et la position s'inverse. C'est exactement ça, le nom de l'organisation. Pas « on nous prend notre place » : nous prenons notre place.
L'après-midi
Aster kwé nou fé ?
L'après-midi, la même foule s'est répartie autrement : dix tables, un thème par table, et sur chaque feuille une seule question — maintenant, qu'est-ce qu'on fait ? Cent soixante-huit propositions sont sorties de là. Et près de deux sur trois ne demandent rien à personne : celui qui les pose s'en charge lui-même.
Sur l'emploi : rendre publics les postes de direction et les écarts de salaire, monter un réseau local pour les offres. Sur la langue : écrire l'histoire du point de vue réunionnais, l'enseigner aux enfants, par soi-même. Sur l'économie : produire ici, créer des banques de semences, veiller sur le foncier. Sur le pouvoir :
Ekri nout prop lwa.
Okilé in drapo po nou ?
Sé a nou de désidé kwé lé bon pou nou.
Aucune de ces feuilles n'est restée en l'air. Chaque table a rendu ce qu'elle avait produit.
Depuis
Ce que la journée a laissé
Une grande journée peut ne laisser qu'un souvenir. Celle-ci a laissé autre chose. Depuis le 5 juillet, environ cent cinquante personnes ont pris une place sous l'un des dix thèmes — elles ne sont pas juste venues, elles se sont inscrites pour continuer. Elles viennent de dix-huit communes sur les vingt-quatre de l'île. Et parmi elles, des gens qui n'étaient pas là ce jour-là : ils ont vu, entendu, et décidé de rejoindre.
Ce qu'elles apportent dépasse le temps qu'elles donnent. Une salle par ici, un réseau par là, une association déjà constituée, un savoir-faire précis — monter un dossier, animer, former. À mesure que ça se relie, par thème et par commune, les dix thèmes de la journée deviennent dix chantiers. Non pour se plaindre encore : pour produire quelque chose qui se voit, commune par commune.
La suite
Il y a une place à prendre
Vous n'étiez pas au Grankozé ? Ça ne change rien. Ce qui se construit ne se referme pas sur ceux qui étaient là ce jour-là ; ça se construit avec ceux qui décident d'y prendre part, où qu'ils vivent sur l'île. On dit d'où l'on vient, ce qui nous tient à cœur, et ce qu'on peut apporter — du temps, une compétence, un lieu, un réseau.
La vôtre, peut-être.